Collecter le signal

Auteur: B. Mosser

Introduction

Collecter le signal, c'est assurer que les photons arrivent nombreux et en bon ordre aux différents foyers d'un télescope. Qualités optique et mécanique se conjuguent pour accomplir cette tâche.

miroirreosc.jpg
Miroir de 8.2 m poli par la société SAGEM/REOSC, pour le télescope VLT de l'ESO.
Crédit : REOSC

Miroirs et collecteurs


Observer

Miroirs

Le miroir primaire est le ... premier miroir vu par les photons. Il présente généralement un profil parabolique. Le deuxième, s'il y en a un, est appelé ... secondaire.

miroirreosc.jpg
Miroir de 8.2 m poli par la société SAGEM/REOSC, pour le télescope VLT de l'ESO.
Crédit : REOSC

Miroirs segmentés

Les 2 télescopes Keck, plus grands collecteurs dans le visible depuis le début des années 1990, ont des miroirs segmentés (càd en plusieurs morceaux), et illuminent les foyers Cassegrain et Nasmyth. Ce dernier, après passage du faisceau sur l'axe en altitude, est découplé du télescope.

keck.png
Miroir segmenté, foyers Cassegrain et Nasmyth d'un des 2 télescopes Keck.
Crédit : Keck

Domaines visible, UV et IR

Une configuration classique est la combinaison de 2 miroirs, l'un parabolique, l'autre hyperbolique convexe, dans la configuration Cassegrain. Les miroirs ne sont plus nécessairement monoblocs ; c'est le cas du télescope optique le plus grand en service actuellement, le télescope Keck.

Domaine radio

Dans le domaine radio, il est nécessaire d'avoir une antenne de grande taille :

radiotel.png
Les éléments de collecte du signal d'un radiotélescope.
Crédit : ASM

Domaine X

Le domaine des courtes longueurs d'onde présente de nombreuses particularités. Entre autres :

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Télescope XMM de l'agence spatiale européenne, lancé fin 1999 pour une mission de 6 ans.
Crédit : ESA
convergencex.gif
Télescope X : principe. Pour assurer un bon coefficient de réflexion dans ce domaine de longueur d'onde, les miroirs sont attaqués en incidence rasante.
Crédit : ESA
xmmmiroir.jpg
Paraboloïdes chargés de recueillir le flux X en incidence quasi rasante ; 58 paires de paraboloïdes et hyperboloïdes associés assurent les possibilités d'imagerie du collecteur du satellite XMM.
Crédit : ESA

Apprendre

prerequisPrérequis

Optique géométrique. Formation d'image au foyer primaire d'un télescope.

objectifsObjectifs

Quelques notions sur les collecteurs de photons en astronomie.

Voir à l'infini

Le signal d'un objet très lointain, non résolu spatialement, est une onde plane. Observer cette onde plane, c'est la focaliser en un point. Une surface mathématique sait faire cette opération : le paraboloïde de révolution (révolution d'une parabole autour de son axe).

La parabole

Mathématiquement, la parabole conjugue l'infini à un point ; optiquement, elle permet de transformer une onde plane en onde sphérique. Ceci n'est rigoureusement vrai que pour un rayon parallèle à l'axe optique. L'aberration de sphéricité apparaît pour les rayons inclinés sur l'axe.

convergence.png
La parabole conjugue l'infini à un point, le foyer. Elle transforme une onde plane en onde sphérique.
Crédit : ASM
aberspher.png
Aberration de sphéricité pour tout objet paraxial, avec un collecteur parabolique.
Crédit : ASM

Propriétés

Les lois de l'optique permettent de caractériser les qualités de la collecte.


Foyers


Observer

Foyer, doux foyer

Les collecteurs de photons s'appuient sur de multiples configurations optiques. On note principalement :

foyerprim.jpg
Caméra grand champ (gros cylindre noir) au foyer primaire du télescope CFH.
Crédit : CFHT
foyercass.jpg
Instrumentation au foyer Cassegrain du télescope CFH. Le télescope est en station. L'instrument est dans une cuve à vide, sous le logement du miroir primaire.
Crédit : CFHT
vimosVLT.jpg
Instrument VIMOS sur l'un des 2 foyers Nasmyth d'un des télescopes du VLT, le long de l'axe en élévation.
Crédit : VLT

Apprendre

prerequisPrérequis

Optique géométrique. Formation d'image au foyer primaire d'un télescope. Montures des télescopes.

objectifsObjectifs

Aperçu des diverses configurations optiques pour un télescope.

cassegrain0.png
Collecte du faisceau au foyer Cassegrain. La parabole conjugue l'infini avec son foyer F_1, transformant une onde plane en onde sphérique. L'hyperbole échange les 2 foyers F_1 et F_2 : l'onde sphérique converge alors en F_2.
Crédit : ASM

Combinaisons optiques

Plusieurs configurations optiques permettent de réaliser pratiquement la convergence d'une onde plane en un foyer. Selon l'usage, astronomie amateur ou professionnelle, elles diffèrent, par leur performances et leurs coûts.

foyerprimaire.png
Foyer primaire.
Crédit : ASM
foyercassegrain.png
Foyer Cassegrain : le miroir secondaire occulte une partie du faisceau. Le miroir primaire doit être évidé.
Crédit : ASM
foyernasmyth.png
Foyer Nasmyth : le miroir tertiaire renvoie le faisceau sur l'axe de hauteur de la monture.
Crédit : ASM
foyercoude.png
Foyer coude : un train de miroirs assure le découplage entre la position du foyer Coudé et le pointage du télescope.
Crédit : ASM

Foyers

Un télescope professionnel, usuellement de type Cassegrain ou Ritchey-Chrétien, présentera plusieurs combinaison de foyers.


Simuler

cassegrain.gif
Collecte du faisceau au foyer Cassegrain. La parabole conjugue l'infini avec son foyer F_1, transformant une onde plane en onde sphérique. L'hyperbole échange les 2 foyers F_1 et F_2 : l'onde sphérique converge alors en F_2.
Crédit : ASM

Convergence au foyer Cassegrain

La transformation d'une onde plane en onde sphérique, puis de l'onde sphérique en une autre onde sphérique convergeant au foyer du télescope, est une application directe des propriétés des coniques.

VLT application.png

Chemins optiques et foyers

Pour un télescope en monture azimutale, telles les 4 unités du VLT, plusieurs trains optiques permettent d'illuminer les différents foyers : Cassegrain, Nasmyth, coudé.

Un observatoire aujourd'hui

L'appliquette ci-dessous décompose différents éléments d'une des unités du VLT.

application.png


S'évaluer

exerciceFocale équivalente

Difficulté :    Temps : 15 min

La figure ci-jointe, proposée en appliquette, montre un montage de type Cassegrain. Le diamètre du miroir primaire vaut 128 cm.

application.png

Question 1)

Positionner graphiquement la lentille équivalente du télescope, et déterminer ensuite sa focale équivalente.

[2 points]

Question 2)

Calculer le nombre d'ouverture du télescope.

[1 points]


Qualité optique du collecteur


Observer

Forme idéale

La forme des miroirs doit s'approcher au mieux de la forme idéale (parabolique, hyperbolique, plane...). A grande comme à petite échelle, aucun défaut ne doit excéder une limite, dont la valeur dépend des performances souhaitées.

Qualité du miroir
miroir.png
Mise en évidence, fortement exagérée, des défauts de forme d'un miroir parabolique à grande ou à petite échelle.
Crédit : ASM
Miroir primaire du VLT
miroirreosc.jpg
Miroir de 8.2 m poli par la société REOSC pour le VLT. L'échelle est donnée par les ingénieurs figurant sur le cliché.
Crédit : REOSC

Optique active

Plutôt que de confier la forme idéale du collecteur à une position statique et rigide, l'optique active préfère inclure une chaîne de correction commandant la forme idéale du miroir au moyen d'actuateurs positionnant idéalement chaque sous-élément du miroir.

Cette technique est employée p.ex. pour les miroirs de 8.2 m du VLT. Si leur forme idéale devait découler de leur seule rigidité, ces miroirs auraient une épaisseur supérieure à 2 m : solution inadaptée. Les miroirs sont minces (18 cm) ; leur faible épaisseur leur assure une certaine souplesse, et quelle que soit leur position, des actuateurs les repositionnent pour une forme idéale.

Miroir primaire du VLT
active.png
Optique active : miroir mince et actuateurs. Remarquer que la forme du miroir est hyperbolique : les télescopes du VLT sont de type Ritchey-Chrétien.
Crédit : ESO
Miroir du VLT : résidus
miroirresidu.png
En mode actif, les actuateurs assurent un profil idéal. Les écarts à la forme idéale (ici hyperbolique), mesurés par le senseur du front d'onde, ont un écart-type de 43 nm, soit environ 10 fois moins qu'une longueur d'onde dans le visible.
Crédit : ESO

Domaine radio

Dans le domaine radio, caractérisé par des longueurs d'onde relativement grandes, un grillage peut suffire à constituer un bon miroir. Il est vu par l'onde tel une surface pleine, et sa forme rapportée à la longueur d'onde considérée est suffisamment précise.

Miroir du radiotélescope de Nançay
grilleradio.jpg
Le collecteur du radiotélescope de Nançay inclut un miroir sphérique. Aux longueurs d'ondes étudiées (typiquement décimétriques), la surface collectrice grillagée présente les mêmes propriétés de réflexion qu'une surface pleine plane.
Crédit : Observatoire de Paris

Apprendre

objectifsObjectifs

L'étude technologique des qualités optiques des éléments des collecteurs astronomiques s'appuie sur de multiples domaines non ici explorés. On s'intéresse essentiellement à la forme géométrique idéale des collecteurs, en laissant de côté : les aberrations, les propriétés thermomécaniques des miroirs et de leurs supports, les propriétés de réflexion des surfaces ; la transmission dans les verres des lentilles...

miroirsdb1.png
Miroir de "salle de bain". La plaque de verre protège la couche métallique réfléchissante (en bleu).
Crédit : ASM
miroirsdb2.png
Miroir optique. Le substrat de verre supporte le fin dépôt métallique réfléchissant. Sa forme, sa taille et son poli sont essentiels, conférant au miroir ses qualités optiques.
Crédit : ASM

Miroirs

Un miroir optique diffère d'un miroir usuel. Un miroir usuel est constitué d'une plaque de verre protégeant une feuille métallique réfléchissante. Le faisceau optique traverse par 2 fois cette vitre, avant et après la réflexion métallique.

Un miroir astronomique est constitué d'un support vitreux, précisément taillé, recouvert d'une très fine couche métallique réfléchissante (aluminium, argent ou or principalement, selon le domaine de longueurs d'onde utilisé), éventuellement protégée d'une mince couche d'oxyde. Le faisceau optique ne traverse pas le verre.

Le substrat en verre est typiquement du zérodur, verre se caractérisant par un très faible coefficient de dilatation thermique.

Qualité

La qualité des optiques de toute la chaîne de détection est essentielle. Elle se traduit par la fonction d'étalement du point, qui rend compte de l'image d'un objet ponctuel à l'infini.

Cette qualité, pour un miroir, se résume souvent à un paramètre : à grande ou à petit échelle, le miroir ne doit pas s'écarter de sa forme idéale de plus d'une fraction de longueur d'onde (typiquement de \lambda/4 pour un dioptre usuel à \lambda /50 pour une optique d'interféromètre).

Optique active

On appelle optique active un système restituant la forme idéale des surfaces collectrices non de façon statique, avec des miroirs très rigides, mais dynamique, avec des miroirs minces positionnés par des actuateurs. L'optique active corrige les déformations lentes d'origine thermique et mécanique.

Optique adaptative

L'optique adaptative corrige en temps réel les défauts du front d'onde induits par la turbulence. Voir les pages dédiées à l'optique adaptative.


Les très grands télescopes du futur


Observer

celt0.png
Projet du grand télescope CELT (California extremely large telescope). L'échelle est donnée par les personnes sur la plateforme. Ce projet présente les caractéristiques des grands télescopes du futur : monture azimutale, diamètre collecteur segmenté de l'ordre de 30 m, instrumentation aux foyers Nasmyth.
Crédit : CELT
owl.png
Projet du grand télescope OWL de l'ESO (overwhelmingly large telescope ; overwhelming = de façon écrasante), abandonné en 2006. Le miroir primaire (1), de diamètre 100 m, est segmenté et sphérique. Le miroir secondaire (2) est plan. Le système des miroirs 4 et 5 assure la correction de la sphéricité du miroir primaire, ainsi que l'optique adaptative ; ces miroirs ont un diamètre de 8.2 m, càd autant que les miroirs primaires du VLT de l'ESO.
Crédit : ESO

Vers les très grandes surfaces collectrices

Les diamètres collecteurs ont régulièrement augmenté au cours du temps, pour collecter plus, et plus précisément, de photons. Divers projets de télescopes optiques de miroir primaire de 30 à 50 m sont dans les cartons. Des structures de telles dimensions existent déjà, mais dans le domaine radio, avec des longueurs d'onde centimétriques et non submicrométriques.

Le projet CELT illustre les caractéristiques des futurs projets. Le projet OWL de l'ESO, préparant la classe des télescopes de 100 m, n'a pas abouti, car il supposait un trop radical changement d'échelle. Il a été remplacé par un projet de télescope de 39 mètres de diamètre, l'Extremely Large Telescope (ELT) de l'Observatoire Européen Austral, dont la première lumière est prévue en 2024.


Apprendre

objectifsObjectifs

Dévoiler les grandes lignes des projets de grands observatoires.

Pourquoi une grande surface collectrice

Certains besoins scientifiques (pas tous) nécessitent la collecte de flux de plus en plus faible, et donc des collecteurs encore plus grands que ceux de la classe 10 m entrés en action dans les années 1990.

Quelques principes

Les télescope de cette classe 10 m ont montré des changements importants par rapport à leurs prédécesseurs, induits simplement par leur taille.

Ces principes sont conservés pour les projets de télescope de la classe 30 m, avec en plus la généralisation des miroirs segmentés.

Difficultés pratiques

Si le principe des très grands télescopes est mûr, leur réalisation pratique pose de nombreux problèmes. Par exemple :

Hypertélescope
hypertel.png
Schéma de principe d'un hypertélescope. Une surface collectrice, ici modélisée par une lentille équivalente, est partiellement reconstituée par divers segments non jointifs pour une focalisation d'un faisceau parallèle au foyer commun F1. Ce foyer est réimagé en F2, chaque voie étant individuellement élargie par un système afocal grossissant : ceci conduit à la densification de la pupille. La taille du système optique entre F1 et F2 a été agrandie pour la clarté du schéma.
Crédit : ASM

Hypertélescope

Une solution alternative aux très grands télescopes pourrait consister à réaliser une surface collectrice avec plusieurs pupilles reconstituant une seule surface collectrice, mais non entièrement pavée ; un système optique apporte la densification de pupilles, et conduit au principe de l'hypertélescope. La réalisation pratique d'un hypertélescope n'est pas prévue dans un futur proche, un certain nombre de points durs techniques subsistant encore.


S'exercer

exerciceHypertélescope

Difficulté : ☆☆☆   Temps : 60 min

fizeau.png
Télescope de Fizeau. Une surface collectrice, ici modélisée par une lentille équivalente, est partiellement reconstituée par divers éléments non jointifs partageant un même foyer F1. a mesure le diamètre d'une sous-pupille, b l'écartement entre 2 sous-pupilles et d le diamètre total.
Crédit : ASM
hypertelexo.png
Schéma de principe d'un hypertélescope. Les morceaux de paraboles collectrices ont été remplacées par leur équivalent lentille. a mesure le diamètre d'une sous-pupille ; b leur écartement.
Crédit : ASM

La première figure donne le schéma de principe d'un hypertélescope. L'équivalent du miroir primaire est constitué de sous-pupilles, reconstituant de façon incomplète une surface collectrice correspondant à une immense parabole. a mesure le diamètre d'une sous-pupille ; b leur écartement.

La deuxième figure présente le montage du densificateur de pupille. Les lentilles L2 et L5 sont supposées identiques, si bien que le grossissement du système constitué de ces lentilles vaut -1 ; le grossissement angulaire du système afocal constitué des lentilles l3 et l4 est noté \gamma\ \mathrm{avec\ :\ } \gamma <1).

Cet exercice est à résoudre sans gros calcul ! Pour simplifier l'approche, on travaille sur une seule dimension, comme le montre la figure (sans chercher à reconstituer la surface collectrice).

Question 1)

On s'intéresse juste à l'optique en amont de F1. Quels paramètres dimensionnent la taille angulaire de la tache image en F1 d'une sous-pupille, de l'ensemble des sous-pupilles ? Mener l'analogie avec un réseau d'interférence composé de fentes de largeur a séparées d'une distance b, s'étalant sur une longueur totale d.

Question 2)

Déterminer l'action du système (l3, l4), en comparant les situations en F1 et F2.

Question 3)

Quel est l'intérêt du système ? Que se passe-t-il lorsque \gamma = a/b ?

Question 4)

Qu'a-t-on gagné, qu'a-t-on perdu avec cette opération ?


Réponses aux exercices

pages_collecter/elt-sexercer.html

Exercice 'Hypertélescope'